Maurice GENEVOIX

Nivernais

1979
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Né le 29 novembre 1890 à Decize et mort le 8 septembre 1980 à Xàbia (Espagne), Maurice GENEVOIX est un écrivain et poète français, membre de l’Académie française.

L’ensemble de son œuvre témoigne des relations d’accord entre les Hommes, entre l’Homme et la nature, mais aussi entre l’Homme et la mort.

> Extrait de « La dernière harde (1938) » <

« Sous le poil de la bête et dans la poitrine de l’homme, ce serait les mêmes battements du sang, la même fièvre, le même acharnement passionné »

« Le brame s’est tu, le vent ne soulève plus les feuilles. Les biches attendent en frissonnant, toutes seules dans la forêt morte. La lune brille juste au-dessus d’elles. »

« Une nuit, dans la grande paix froide de l’espace qui précédait le petit jour, un coup de feu claqua près des trois bêtes. L’Aile sursauta et partit comme une flèche. Le Brèche-Pied bondit de son côté, le Rouge s’élança au hasard. Ce coup de feu avait claqué si près, si durement, qu’une terreur panique les avait aussitôt affolés, les dispersant par le hallier.

Le Rouge n’avait pas fait trois sauts que l’odeur corrosive de la poudre le saisit soudain aux naseaux. Presque aussitôt, à quelques pas, le bruit d’une toux humaine déchira l’ombre et le cloua sur place. La conscience d’un danger terrible lui rendit un peu de sang-froid : il se mit à reculer doucement, le cœur secoué de battements affolés, mais attentif à bien poser ses pieds, à éviter les brindilles de bois sec et les épaisseurs de feuilles mortes. Et cependant il fixait l’ombre devant lui, distinguait peu à peu une silhouette mouvante et courbée. La nuit n’était plus très épaisse ; une lueur cendreuse, qui venait d’une allée proche, faisait écran derrière la forme humaine.

Le Rouge reculait toujours, avec la même attention de tout le corps, chaque fibre de ses muscles à la fois docile et crispée. Dès qu’il sentit qu’il était assez loin, il partit d’un galop démentiel, si rapide que l’air de sa course lui sifflait autour des oreilles.

Il ne s’arrêta que très loin, quand l’haleine vint à lui manquer. Ses yeux demeuraient hagards, emplis encore de la vision dont l’horreur les avait frappés. »

> Extrait de « La boîte à pêche » <

Sur les cailloux, l’eau mince sursaute, en vaguelettes innombrables à quoi s’accroche le soleil ; C’est un fourmillement de soleil, une danse éblouissante qui s’éparpille et s’atténue, se rallume et s’irise, tournoie au ras du fleuve, et brusquement s’éloigne en un redéploiement d’éventail. Sous l’eau mince, les galets roux tressaillent ; ils roulent souplement, s’effilent, se soulèvent et nagent. Une épouvante les bouleverse, les chasse en éclatement de fuite, au choc d’une pierre qui roule sur le pierré, au toucher sournois d’une ombre qu’allonge et déforme sur l’eau derrière les épaules d’un pêcheur, le soleil crépusculaire.

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